Chroniques

La part du fils de Jean-Luc Coatalem

Résumé :

Longtemps, je ne sus quasiment rien de Paol hormis ces quelques bribes arrachées.

« Sous le régime de Vichy, une lettre de dénonciation aura suffi. Début septembre 1943, Paol,
un ex-officier colonial, est arrêté par la Gestapo dans un village du Finistère. Motif :
“inconnu”. Il sera conduit à la prison de Brest, incarcéré avec les “terroristes”, interrogé. Puis
ce sera l’engrenage des camps nazis, en France et en Allemagne. Rien ne pourra l’en faire
revenir. Un silence pèsera longtemps sur la famille. Dans ce pays de vents et de landes, on ne
parle pas du malheur. Des années après, j’irai, moi, à la recherche de cet homme qui fut mon
grand-père. Comme à sa rencontre. Et ce que je ne trouverai pas, de la bouche des derniers
témoins ou dans les registres des archives, je l’inventerai. Pour qu’il revive. »J.-L.C.

Extrait :

« Paol est né en 1894, à Brest. Il vient d’une famille finistérienne où les hommes sont
généralement employés à l’Arsenal, la base militaire et navale. Il a fait la Première Guerre. Il
a épousé Jeanne. Trois enfants, Lucie, Ronan et Pierre, mon père. Officier de réserve, il a été
muté en Indochine, dont il est rentré en 1930. Dans le civil, il a travaillé ensuite pour une
imprimerie et dans une entreprise de construction. Puis, comme la plupart des Français, il a
été mobilisé de nouveau, en 1939, au grade de lieutenant.
Je ne l’ai pas connu. Parti trop tôt, trop vite, comme si le destin l’avait pressé. Mais il nous
reste sa Bretagne à lui qui est devenue la nôtre.
Sous le régime de Vichy, une lettre de dénonciation aura suffi. Que contenait-elle exactement
? Personne ne l’a su. Au 1er septembre 1943, Paol a été arrêté par la Gestapo. Il sera conduit
à la prison brestoise de Pontaniou. Incarcéré avec les politiques et les « terroristes ».
Interrogé. Puis ce sera les camps, en France et en Allemagne. Rien n’arriverait plus jamais à
l’en faire sortir, à l’en faire revenir…
Des années après, en dépit du temps passé, j’irais à la recherche de mon grand-père. Comme à
sa rencontre. »

A propos de l’auteur :

Jean-Luc Coatalem est écrivain et journaliste français. Il est né à Paris le 13
septembre 1969. Dans les bagages d’un père officier, il a connu, au gré des diverses
affectations, une enfance en Polynésie et une adolescence à Madagascar, longs séjours qui lui
ont donné le goût de l’ailleurs et, plus tard, une boulimie de voyages et de reportages.

Romancier, nouvelliste et essayiste, cet écrivain-voyageur a par la suite publié des
récits bourlingueurs, comme « Mission au Paraguay » (Payot/Voyageurs, 1993) et « Suite
indochinoise » (Le Dilettante, 1999), des romans drolatiques comme « Capitaine » (Flammarion,
1991) ou « Le Fils du fakir » (Grasset, 1998), et a co-signé deux albums avec le dessinateur
Loustal chez Casterman.

Il a été en 1992 l’un des neuf signataires du Manifeste pour une littérature voyageuse
publié sous l’égide de Michel Le Bris, avec notamment Nicolas Bouvier et Gilles Lapouge.
Mais Jean-Luc Coatalem s’est fait surtout connaître par son essai très personnel sur Paul
Gauguin, « Je suis dans les mers du Sud » (Grasset, 2001), qui a obtenu le Prix Amerigo
Vespucci 2001, le prix des Deux Magots 2002 et a été traduit en plusieurs langues.Il confirme
sa notoriété par une ode à la géographie et à l’errance, « La consolation des voyages » (Grasset,
2004). Il a signé également « Il faut se quitter déjà », un récit mélancolique qui se déroule en
Argentine et Uruguay (Grasset, 2008), ainsi que « Le dernier roi d’Angkor » (Grasset, 2010).

Il reçoit le Prix Roger Minier en 2012 pour « Le Gouverneur d’Antipodia » (Le
Dilettante). Avec « Mes pas vont ailleurs » (Stock, 2017), essai voyageur consacré à l’écrivain
Victor Segalen, mort dans des circonstances étranges en forêt du Huelgoat, il a obtenu le Prix
de la Langue française et le Prix Femina essais.

Son livre, « La part du fils », sorte de roman familial, paraît chez Stock pour la rentrée
littéraire 2019.

L’avis de Lyane A:

Merci pour ce cadeau, car c’est toujours un cadeau d’avoir entre les mains un livre qui
donne toute sa splendeur à la langue française. En plus, il est en lice pour le Goncourt.

Encore la guerre ! Encore, un père et ses fils ! Encore le devoir de mémoire ! Encore
un auteur qui veut être écrivain ! Oui, mais ici, il y a la mort qui sert à redonner vie, les
couleurs des voyages qui illuminent les jours, les amours infinies et indéfinies, les vérités qui
ne veulent pas être exhumées, les beaux mots qui magnifient les pensées.

Donc, un père et ses fils, dont l’un veut à tout prix dénouer les spasmes identitaires qui
s’entrecroisent autour d’un grand-père voyageur emporté dans les tourmentes nauséeuses de
la grande guerre.

Ce pourrait être un voyage d’agrément tellement la luxuriance des paysages décrits, la
quiétude des vies d’avant ailleurs, la plénitude de la belle Bretagne ne se heurtaient pas à
l’atrocité des vies en guerre, à la douleur des âmes qui ne veulent pas se souvenir et à la
bassesse des sentiments.

L’auteur veut tenir à bout de bras l’honneur d’une famille et en plus, il veut
comprendre. Je l’ai donc suivi et comme une peinture dont on ne sait si elle sera paysage
soufflé par une brise ou anéanti par un typhon, j’ai découvert dans les grands coups de
pinceaux, une vérité qui sera offerte en rédemption à la famille.
J’aime les longues phrases paragraphes, les mots tourbillons, les pages enchanteresses,
les expressions scalpels ; je n’ai pas été déçue. Je l’ai été un peu plus par « le caillou que
j’empochais et l’expression : certains décidément tenaces» qui m’ont fait m’interroger sur la
qualité intrinsèque de ce livre oscillant entre le récit et le roman.

Jean-Luc Coatalem est un écrivain talentueux et à ce titre, il mérite d’être lu par le plus
grand nombre mais dans ce livre il m’a manqué d’être émue.

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