Chroniques

Soif d’Amélie Nothomb

Résumé :

« Pour éprouver la soif, il faut être vivant. » Amélie Nothomb « On n’apprend des
vérités si fortes qu’en ayant soif, qu’en éprouvant l’amour et en mourant : trois activités qui
nécessitent un corps. » Avec sa plume inimitable, Amélie Nothomb donne voix et corps à
Jésus Christ, quelques heures avant la crucifixion. Elle nous fait rencontrer un Christ ô
combien humain et incarné, qui monte avec résignation au sommet du Golgotha. Aucun défi
littéraire n’arrête l’imagination puissante et fulgurante d’Amélie Nothomb, qui livre ici un de
ses textes les plus intimes.

Extrait :

« Même s’il a reçu un ordre, cet homme est un miracle. Il ne se pose aucune question,
il voit un inconnu qui titube sous un poids trop lourd pour lui, il ne fait ni une ni deux, il
m’aide.
Il m’aide !
Cela ne m’est jamais arrivé de ma vie. Je ne savais pas comment c’était. Quelqu’un m’aide.
Peu importe ce qui le motive.
Je pourrais en pleurer. Parmi l’espèce abjecte qui se moque de moi et pour laquelle je me
sacrifie il y a cet homme qui n’est pas venu se régaler du spectacle et qui, cela se sent, m’aide
de tout son cœur.
S’il avait déboulé dans la rue par hasard et s’il m’avait vu tituber sous la croix, il aurait eu, je
pense, la même réaction : sans réfléchir une seconde, il aurait couru me secourir. Il y a des
gens comme ça. Ils ignorent leur propre rareté. Si on demandait à Simon de Cyrène pourquoi
il se conduit de cette manière, il ne comprendrait pas la question : il ne sait pas qu’on peut
agir autrement.
Mon père a créé une drôle d’espèce : soit des salauds qui ont des opinions, soit des âmes
généreuses qui ne pensent pas. En l’état où je suis, je ne pense pas non plus. Je découvre que
j’ai un ami en la personne de Simon : j’ai toujours aimé les costauds. Ce ne sont jamais eux
qui posent problème. J’ai l’impression que la croix ne pèse plus rien. »

L’avis de Lyane A:

Ma période Amélie Nothomb a pris fin, il y a quelques années, alors pourquoi craquer
sur SOIF ? Peut-être parce que c’est un cadeau ou qu’elle est en lice pour le Goncourt ou bien
que je n’ai pas oublié le plaisir éprouvé à la lecture de ses meilleurs romans.

Bref, allons au fait : je n’ai pas été déçue ! La lecture est toujours aussi jouissive à la
découverte des aphorismes qui ne vous laissent aucun répit. Selon la définition des
dictionnaires, c’est une expression de courte durée qui, dans un contexte donné, se présente
comme un principe ou une règle.

Amélie Nothomb en use et en abuse, mais moi j’adore.
Je pourrais me laisser aller à penser que ce roman est un super roman feel-good…
mais ce serait faire injure à l’érudition de l’auteur et à la profondeur de ses réflexions.

Ce roman frôle le blasphème, le lieu commun, la psychologie de comptoir ; tout son
mérite tient à ce qu’il ne s’échoue pas sur les plages de la mièvrerie mais qu’au contraire il
frôle les crêtes de la pertinence en nous emportant dans une introspection salvatrice.

J’ai retenu qu’il n’y avait pas de mot pour mettre fin à la soif et qu’il faut lutter toute
sa vie pour vivre régulièrement la goutte d’eau extatique. Et Jésus dans tout cela ? Comme la
croix, ce n’était qu’un support.

Je souhaite à tous, les mêmes deux heures trente grandioses et intenses que j’ai
connues à la lecture de cette œuvre ; ma question en fermant le livre : est-ce que des
aphorismes, aussi bons soient-ils, font un Goncourt ?

La chronique de Gabrielle est également disponible sur le blog

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