Chroniques

La voie de l’errance de Jean-Luc Bremond-Service presse

Résumé:

Un jeune Mongol du désert de Gobi, Naranbaatar, neuf ans, doit quitter sa yourte pour aller à l’école en ville. Avec deux camarades, ils décident de fuir l’institution scolaire chinoise pour retrouver leurs familles. Un projet ambitieux qu’un chaman viendra bouleverser. Ainsi commence l’errance, beaucoup plus longue que les fugueurs l’auraient imaginée. D’épreuves en découvertes, elle leur permet de trouver leur voie annoncée par un chant.

La voie de l’errance est un roman d’aventures et initiatique. Il parle de la résistance de trois jeunes Mongols, un combat qui les conduit à choisir une longue et périlleuse route pour revenir chez eux. Leur opiniâtreté à retrouver leur liberté leur permet, au fil des rencontres et des événements, de trouver leur destinée. Ce roman s’adresse à des jeunes comme des plus grands. Je l’ai écrit afin de célébrer la culture des nomades, parler de leurs difficultés pour leur survie, leur combat pour garder leur liberté. La voie de l’errance parle aussi de respect, courage et humilité, des atouts pour avancer, permettre la transformation, trouver sa voie. Il parle un peu de la vision chamanique, son entrelacement dans l’univers bouddhiste, sa prégnance dans les montagnes de l’Asie.

A propos de l’auteur :


Je suis né en 1964. Depuis de nombreuses années, je vis avec ma famille dans une communauté axée sur la non-violence où j’exerce le métier de boulanger et de potier. Je joue de la musique et anime des ateliers de danse traditionnelle. C’est en marchant dans les grands espaces ventés du haut Languedoc que des histoires sont nées, nourries de la richesse de l’expérience communautaire.
Romans sur les peuples, leur histoire, résistance et humanité
« J’écris pour voyager, libérer les pensées qui naissent dans l’expire de l’imagination et dans le souffle de l’inspiration »
https://www.jlbecrit.ovh/

Extrait:

 »

La steppe saline, semi-désertique, accueillait des yourtes sur un pré éclatant bordé d’ocre doré. Un soleil de plomb les faisait fumer en de grands halos troubles, telles deux lunes derrière une tempête de sable. Après une longue chevauchée, accablée par la chaleur du désert, pas moins de quarante degrés, Bolormaa, la mère de Kushi, accompagnée de son fils, plaça sa monture devant une porte peinte en rouge éclatant. Elle demanda à son benjamin de rester au-dehors avec les chevaux, descendit puis appela l’habitant.

— Tenez votre chien !

Elle rentra sans attendre d’y être invitée, en enjambant du pied droit le seuil de l’entrée. La yourte semblait désertée. Tournant dans le sens des aiguilles d’une montre, la révolution de l’astre du jour, en évitant soigneusement de ne pas passer derrière le poêle éteint, ni entre les piliers centraux, elle inspecta la tente au cas où un des occupants serait assoupi. Elle resta interdite. Sa fille était allongée sur une natte, serrée contre Sukh, l’aîné d’Oyunbiley ! Les adolescents se redressèrent, immobiles tels des saïgas surpris par un léopard des neiges. Remis de leur stupéfaction, les jeunes gens tinrent tête à l’intruse, l’indiscrète qui était sur le point de leur donner des leçons, il était désormais loin le temps du bâton ! Contre toute attente, Bolormaa se mit à rire aux éclats.

— Oyuunchimeg tu as trouvé un beau prince mongol, le joyau de ma sœur du désert, et toi, Sükh, tu as choisi ma princesse adorée. Cependant il est trop tôt pour vous marier. Où est ta mère ? demanda-t-elle à l’adresse du garçon.

— Elle est avec le troupeau, répondit l’adolescent décontenancé.

— Je vais la retrouver. Maintenant sortez !

Bolormaa se dirigea derrière la yourte et traversa un re- groupement de chamelles jusqu’à son amie qui trayait l’une d’elles, assise sur un petit tabouret. Elle prit le deuxième baquet et entreprit de l’aider, accroupie en bonhomme. Oyunbiley suspendit son geste.

— As-tu du nouveau ? 5 s’inquiéta-t-elle.

— Non je n’en ai pas, si ce n’est que votre fils féconde ma fille.

— Comment le sais-tu ?

— Je les ai vus sous votre yourte.

Oyunbiley secoua d’abord la tête, puis elle sourit.

— Ils ont dû se rencontrer chez toi pendant les cours de violon.

— C’est une bonne nouvelle.

— Oui, si seulement nous en recevions de nos petits, répliqua avec mélancolie Oyunbiley. Ils ont quatorze ans déjà. Où sont-ils donc ?

— J’aimerais tant que Kushi se décide à écrire, n’y a-t-il que votre fils qui pense à sa mère ! s’exclama avec amertume Bolormaa. Je suis venue pour autre chose. Mon cadet a neuf ans, l’âge de garder les bêtes, il restera pour vous aider. Nos aînés risquent de planer longtemps comme l’aigle dans les courants chauds, vous aurez besoin d’aide.

— Comment feras-tu sans lui ?

— Son grand frère, sa femme et ses petits, vivent avec nous. Acceptez, je vous en prie, entre nomades il faut s’entraider. Oyunbiley fit silence, comment pourrait-elle refuser une offre si généreuse ?

— Il peut venir quand il veut. Je suis très heureuse de ta proposition, remercie-le ainsi que ton époux.

— Je l’ai emmené avec moi, il attend devant la yourte.

Une fois la traite finie, les femmes portèrent les seaux dans l’habitation. Oyunbiley versa directement le lait dans une marmite où elle le laisserait fermenter. Bolormaa poussa son fils à gauche, côté invités, puis elle offrit une boîte de thé en guise de respect. Après avoir pris le présent en inclinant la tête, l’hôtesse alla mettre de l’eau à chauffer. Sitôt fait, elle encouragea le garçon a s’asseoir avec elle à droite, la place réservée à la famille. L’enfant s’exécuta, intimidé. Oyunviley lui donna une tasse de lait et des biscuits sucrés.

— Je vais préparer du riz. Ma fille ne va pas tarder à rentrer. Depuis le début des vacances d’été, je ne la vois plus, elle a onze ans et elle fugue déjà comme son frère. Chuluun tondait les brebis avec Enkhjargal, son « fils » depuis une semaine. Au nord, le sable ocre transpirait de vapeur brûlante, au sud la steppe ondulait sous le vent humide et tiède. Le berger appréciait la compagnie de l’enfant vaillant, curieux et spontané, désirant l’accompagner dans ses tâches. Chuluun lui racontait de nombreuses anecdotes sur la vie de Gengis Khan, avec un pincement au cœur, car cela lui rappelait alors Naranbaatar sur le chemin de l’école. Enkhjargal indiqua deux points ébène sur une langue safran, des cavaliers qui approchaient au galop. Son cœur battit rapidement, tel un tambour lors des cérémonies. Il avait reconnu ses voisins qui se dirigeaient droit sur eux.

Après avoir pris une gourde sur la selle de sa jument, Enkhjargal s’avança vers les voyageurs afin de leur offrir à boire. Son camarade et son père sortirent une timbale de sous leur veste et la tendirent au jeune hôte. Chuluun vint à son tour saluer le nomade.

— Bonjour, comment allez-vous ?

— Bonjour, ça va et toi, quoi de neuf ?

— Comme vous le savez, mon fils aîné se mariera l’année prochaine. Passez-vous bien l’été ?

— Je ne t’ai pas vu au Nadaam. Mon aîné a gagné la lutte en cinq parties, c’est un faucon, rien à voir avec toi, le lion des neuf rounds.

— C’était il y a deux ans, l’année dernière, c’était vous l’éléphant.

— Sept tours seulement, j’aurais espéré que tu sois cette année le géant. Tu es occupé et ton aîné ne semble pas pré- disposé à être berger. Je t’ai emmené mon fils, Mönkhbat, pour t’aider, accepte-le, il a le même âge que ton nouveau fiston, ils sont copains.

— Sükh se débrouille pour les troupeaux, c’est juste qu’il est plus souvent chez la famille de sa future épouse que chez nous. C’est un musicien et un bon chanteur, il est utile pour notre peuple. Pour vous aussi la saison bat son plein, vous n pouvez pas vous séparer de votre fils, qui va garder le troupeau ?

— Mon cadet, mais je te trouve trop indulgent envers ton aîné.

— La musique guérit mon cœur de père, blessé par l’absence d’un de ses gars. Mönkbaat est-il d’accord au moins ? répondit Chuluun, touché par le geste de l’homme du désert.

— Oui, je suis prêt à rester, répondit le gamin en jetant un regard complice à son camarade.

Chuluun hocha la tête.

— Je dois en parler à Oyunbiley, nous irons la voir tout à l’heure.

— Il y a autre chose. En venant chez toi, le facteur m’a remis cette lettre postée depuis l’étranger et j’ai envie d’en connaître le contenu. Je ne sais pas lire. Nous avons scellé une alliance entre nos deux familles, je revendique le droit d’avoir des nouvelles de nos garçons, dit le visiteur avec un sourire espiègle. Chuluun le regarda ahuri, il ne savait s’il s’agissait d’une plaisanterie. Son confrère lui tendit une enveloppe timbrée, plusieurs fois tamponnée, écrite de la main de son fils. Tremblant d’émotion, il l’ouvrit rapidement et en sortit la lettre. »

Mon avis:

Je remercie Jean-Luc Bremond de m’avoir confié plusieurs de ses merveilleux romans, je les ai tous aimés énormément et ce dernier est mon très gros coup de coeur.Merci également à l’éditeur.

J’ai tout de suite trouvé la couverture très belle,le choix d’illustration est parfait, le récit est ainsi superbement mis en valeur par ce bel écrin.

Au fil de mes précédentes chroniques, j’ai avec vous partagé mon admiration pour la plume de ce brillant auteur, on est à la fois dans un récit poétique, initiatique. Un voyage fabuleux en Chine et Mongolie sans oublier le Tibet.

Des descriptions précises et passionnantes, des dialogues forts, des personnages attachants font de ce roman, un livre essentiel pour toutes les bibliothèques.Un livre qui invite à la réflexion et au rêve.

On ne peut se lasser du talent de conteur de Jean-Luc Bremont et je m’estime vraiment chanceuse d’avoir pu chroniquer ses romans jusqu’à présent et j’espère vite découvrir d’autres de ses récits très vite.

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