Chroniques

Les voyageurs des bois d’en Haut de Jean-Guy Soumy-Service presse

Résumé :

A seize ans, Camille part sur les chemins, rejoignant d’autres paysans creusois qui
s’en vont jusqu’à Lyon pour « limousiner » : user de leurs bras et de leurs forces pour bâtir
des édifices. Quittant sa mère, fuyant la misère, Camille marche aux côtés de son oncle, avec
en tête la figure absente du père. Son père… Une histoire manquée, fragmentée, mystérieuse.
L’ouvrier aux mains d’or mais à la réputation ambiguë a disparu, quatre ans plus tôt, dans la
grande crue du Rhône de 1856. Ville en pleine mutation, Lyon se dessine avec de nouvelles
perspectives, des façades bourgeoises. Lyon, la ville où s’est abîmé son père. Camille travaille
dur : onze heures par jour, à grimper et dévaler des échelles, le panier d’osier rempli à ras
bord de mâchefer sur les épaules, à servir les maçons et les tailleurs de pierre. Il apprend
bientôt que son père ne serait pas mort, mais « envolé » sur les routes au bras d’une belle
Italienne. Après avoir reproduit les gestes de son père, c’est «l’autre» vie de ce dernier que
Camille va reconstituer dans une itinérance émaillée de rencontres, d’apprentissages, jusqu’à
la frontière italienne. L’auteur fait revivre l’émigration saisonnière, dite « des maçons de la Creuse », qui a duré
plusieurs siècles et façonné le destin de populations rurales vivant notamment en Limousin.

Extrait :

« On m’appelle Camille. Mais ma mère dit Jean. Jean, c’était le prénom qu’elle avait
choisi. Quand mon père est allé déclarer ma naissance à Gentioux, il a promis de faire écrire
Jean sur le registre. Lorsqu’il est revenu, le lendemain matin après une nuit dans les cafés, il a
dit en me désignant :
— Ce sera Camille.
Ma mère a pleuré. Ce sont les premières larmes qu’elle a versées à cause de moi.
Moi aussi, ces deux prénoms me font souffrir. Ils me fendent comme un coin. Je suis
l’un et l’autre, aucun des deux complètement. Et il m’arrive de me demander, selon la
manière dont on me nomme, ce qu’on attend de moi.
Cela fait quatre ans que mon père, Pierre Neuvialle, est mort à Lyon. Depuis, ma mère
travaille sans relâche notre ferme trop petite pour nous nourrir. Au cours de l’hiver 58, tout
semblait perdu. Nous avions vendu nos bêtes. Ma mère était sur le point d’hypothéquer notre
terre. La mort dans l’âme, elle a demandé l’aide de son frère. Gerbeau a fini par prêter un peu
d’argent que nous lui devons toujours.Je n’oublierai jamais ce petit matin, lorsque, au moment de partir pour Lyon, je me suis
serré dans les bras de ma mère. Dans la cour, Gerbeau et les autres attendaient en silence. Il
faisait encore nuit. Le chien était à nos pieds. Nous avions une journée de marche avant
d’atteindre Pontaumur où nous devions faire étape. Ma mère m’a doucement repoussé par les
épaules, m’obligeant à me détacher d’elle. Nous nous sommes regardés comme si nous allions
être séparés pour toujours. J’ai dû m’accrocher à l’idée que j’étais un homme pour ne pas
fondre en larmes. Mais est-on vraiment un homme à seize ans ? »

L’avis de Lyane:

Merci à Net galley, les presses de la cité et l’auteur.

Jean-Guy Soumy se considérant lui-même comme un romancier populaire avec tout ce
que ce terme comporte comme chaleur, humilité et tendresse, je ne pouvais que me laisser
séduire par son 20ème roman, qui je le savais me ferait encore prendre de nouveaux chemins.

J’aime l’art de ces auteurs à vous rendre invisibles les recherches effectuées pour vous
raconter une histoire et bien la situer dans le temps, en complet accord avec les évènements de
la période. Le préfet Vaïsse a réellement existé ; je l’ai vérifié et il s’est vraiment occupé de
Lyon. Apprendre sans souffrir, c’est tout le plaisir à retirer de ces livres.
J’ai donc suivi Camille ou Jean, selon le besoin de le nommer, dans le périple qui s’est
imposé à lui pour retrouver les traces d’un père qu’il retrouvait inconnu à mesure qu’il
avançait. Avec lui, j’ai replongé dans la dureté du XIXème siècle et l’obligation implicite de
« limousiner » pour les paysans creusois. J’ai cheminé en Italie pour rechercher la maîtresse
de son père.

Pourquoi cette quête ? Pour lui ? Pour sa mère ? Trouvera-t-il l’amour ? Je me garderai
bien d’en en dire plus. J’ai aimé le suivre, et vibrer à chacune de ses déceptions ou de ses
découvertes.

C’est bien écrit, vite lu car prenant, et pendant deux heures, j’ai voyagé sur les routes
de France et d’Italie en me sentant hors du temps, auprès de ce héros qui découvre la vie du
haut de ses seize ans. Merci pour cette promenade dans les émotions simples.

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