Chroniques

Interview de Cyril Sche Sulken

Je vous propose de découvrir l’auteur d’un roman qui a été un coup de coeur,original et fabuleux.

Retrouvez la chronique sur le blog

Pourquoi avoir choisi ce style littéraire ?

Il y a plusieurs raisons à ça. D’une part, celle que vont servir tous les auteurs : j’écris ce que j’ai envie de lire. J’ai toujours été passionné par les histoires plutôt macabres, ainsi que par l’Histoire médiévale. Lier les deux dans mes récits m’a toujours paru naturel, je n’ai jamais questionné ce choix spontané.
Au-delà de ça, je pense avoir su me créer un genre vraiment propre – ou, tout du moins, je n’ai pas connaissance d’équivalent (on me citera sans doute quelques grandes oeuvres de dark fantasy, mais cela reste très éloigné, trop grandiloquent par rapport à ce que j’essaie de façonner). La période sur laquelle j’écris, les XIIIe et XIVe siècles principalement, est très méconnue. La culture populaire a totalement saccagé l’image du Moyen Âge dans un mélange entre l’idéal romantique assez ridicule et l’imagerie sordide véhiculée au siècle dernier, aussi j’entends la représenter d’une manière que j’espère bien plus fidèle à la réalité, en me basant sur une documentation solide, sans pour autant viser une fin éducative, ce qui serait très prétentieux.
Bref, à tout cela, ajoutez un goût pour les vicissitudes de l’âme humaine, et vous obtenez des romans tels que « La Chair des Anges ».

Quels sont les auteurs, les livres qui vous inspirent ?

Ils sont aussi divers que variés. Parmi mes premiers influenceurs, on retrouve H.P. Lovecraft, dont l’art de conter l’épouvante comme le merveilleux (parce que son oeuvre ne se résume pas à des monstres tentaculaires, n’en déplaise à certains) me fascine depuis l’enfance. Dans un tout autre genre, je nomme Umberto Eco, à qui j’ai d’ailleurs dédié « La Chair des Anges ». La plume emphatique et magistrale de Tolkien a compté parmi mes premières lectures, tout comme les chroniques vampiriques d’Anne Rice ou le meurtrier quasi-surnaturel du roman « Le Parfum », de Süskind. Je me permets aussi de citer des auteurs bien moins connus, de nos jours : Marie Bourassa, autrice de l’excellent « Le Maître des Peines », et Hugues de Queyssac, qui nous a offert « Le Chevalier noir & la Dame blanche ». On m’a déjà dit que, dans l’ensemble, ces inspirations n’avaient pas vraiment de rapport avec mes écrits. Ça représente justement, à mes yeux, l’appropriation que l’on se fait de chaque lecture. Sans tout ça, je n’aurais probablement rien écrit.
Et, même, je peux aller plus loin en mentionnant des sources bien différentes d’inspiration : la BD « Donjon » de Sfar, Trondheim et toute leur clique, ou « Requiem, chevalier vampire » de Mills et Ledroit.

Pouvez-vous nous parler de votre roman ?

« La Chair des Anges » est un thriller historique, surtout psychologique. C’est une sorte de roman à mystères, au sens où des éléments majeurs du récit demeurent inconnus au lecteur : on ignore le nom du personnage-narrateur, celui de la ville où se situe l’action, ainsi que l’année. Mais concernant ce dernier point : je laisse des indices aux connaisseurs, qui devineront que le roman prend place dans les années 1360.
Le narrateur est un personnage très singulier : sergent de justice, c’est avant tout un homme las de vivre. Il ne comprend pas le sens de l’existence, et n’a aucun goût pour elle. Ses journées ne sont faites que d’ennui, et il se sent particulièrement vide. Ses confrères, s’ils l’apprécient un minimum, se méfient de lui : on raconte qu’il est fou. Son seul vrai plaisir semble se trouver dans la nourriture.
Cependant, tout change par une « belle » matinée de travail… En effet, avec ses collègues, le sergent fait la découverte d’un cadavre dont tout indique que c’est un meurtre. Ce crime s’avère n’être que le premier d’une longue série, que l’on attribuera à l’Écorcheur, ainsi que le surnomme la population. Personne ne sait qui se cache derrière ce sinistre sobriquet, et les rumeurs vont bon train : un homme seul, un groupe ? Certains pensent même qu’il s’agit d’un démon.
Alors que la prévôté bute sur cette affaire, le narrateur commence à développer un intérêt vicieux : il admire l’Écorcheur et sa capacité à défier les lois, que ce soient celles des mortels (la justice étant incapable d’agir) ou celles des Cieux (il vole à Dieu le droit de vie et de mort). À partir de là, notre narrateur entame une horrible décadence… Dont je laisse l’issue aux lecteurs et lectrices.
« La Chair des Anges » est un récit très personnel, sinon viscéral. J’y ai mis beaucoup de ma personne, et il est le fruit d’une période assez difficile de ma vie. Il y a plusieurs lectures possibles, et certains lecteurs ont déjà tenté de comprendre les mots au-delà de l’histoire. À ce propos, l’histoire est finalement assez simple, malgré ses embranchements. L’important n’est pas dans l’intrigue, mais bien dans les personnages, leur construction et leur évolution ; des personnages tous, d’une façon ou d’une autre, monstrueux, puisque le roman se veut comme l’histoire des monstruosités.
Le roman est écrit dans un style moderne mais empreint d’archaïsmes, qui souhaite plonger le lectorat dans une ambiance, dans une atmosphère précises. Le récit est pesant mais teinté de cynisme et d’humour noir.
Enfin, il est une sorte de ramification indépendante d’un univers central : « Fatalis », une tétralogie de fantaisie noire historique (à paraître dans la nouvelle collection Les Miroirs du Réel, de L’Harmattan). « La Chair des Anges » vient étendre cet univers tout en en restant bien séparé, seulement relié par un lien très mince que reconnaîtront les lecteurs des deux récits. Cela dit, nul n’est besoin de lire l’un pour apprécier l’autre !

Lequel de vos personnages est le plus proche de vous ?

Le Narrateur – j’ai pris l’habitude de lui donner une capitale lorsque j’en parle ainsi. Bien sûr, comme dans toute oeuvre, il y a une part de soi dans chaque personnage. Mais le Narrateur est, je suppose, une facette entière de ce que je suis, avec ses bons et ses mauvais côtés.

Il y a un thème que vous aimeriez aborder et un autre que vous n’aborderez jamais ?

Il y a de nombreux thèmes que je souhaiterais aborder. Parmi eux, notamment, la femme en tant qu’individu, en utilisant son statut au Moyen Âge pour permettre sur une réflexion sur les enjeux actuels. Je n’en dis pas beaucoup plus, car je travaille beaucoup sur le sujet, et j’en dévoilerai davantage le moment venu. Autrement, j’entends m’intéresser encore et toujours à l’âme humaine, en traitant de la folie, qui m’a toujours froidement émerveillé (elle est au coeur de chacun de mes romans, et toujours aussi étrangement tendancieuse et impalpable).
Parmi les thèmes que je n’exploiterais jamais… Je n’en vois pas dans l’immédiat.

Quel est le livre que vous auriez aimé écrire ?

Sans hésitation, « Le Nom de la Rose » d’Umberto Eco. Un chef d’oeuvre absolu sur tous les plans : la plume, l’érudition, les différents niveaux de lecture… C’est loin d’être le seul livre que j’aurais aimé avoir écrit, mais je pense qu’il s’agit du récit le plus parfait et le plus achevé qui soit. Mais il faut rendre à César ce qui est à César : « Le Nom de la Rose » n’appartient qu’à son auteur.

Avez-vous en dehors de l’univers littéraire d’autres passions ?

Je suis un passionné de théâtre, en tant qu’acteur (ma culture littéraire sur le sujet est hélas assez pauvre), ainsi que d’animaux. Concernant ces derniers, je suis assez investi dans la sauvegarde de la faune sauvage, et j’ai une passion pour les oiseaux, en particulier les rapaces. Mais, à la vérité, je suis l’archétype du reclus qui ne sort de chez lui que par besoin (notamment celui de travailler) et voit peu de personnes. La littérature est donc ma première passion.

Quels sont vos rituels d’écriture ?

Pour préparer un récit, je lis beaucoup, bien que j’aie moins le temps pour tout ça en ce moment. Aussi bien de la littérature de fiction que des productions scientifiques (me servant de documentation).
La phase d’écriture elle-même est plus étrange. Je ne peux écrire qu’en étant inspiré, je suis dans l’incapacité de produire quelque chose sans en avoir la réelle capacité – ce qui m’a posé quelques problèmes ces derniers temps ! En revanche, un point commun à toutes mes sessions d’écriture : si elles ne sont pas aussi fréquentes que je le souhaiterais, elles sont toutes très… intenses. Je peux passer des jours et des nuits entiers à écrire sans m’arrêter, au point d’en oublier de manger et de m’aliéner la notion du temps. C’est quelque chose de très éprouvant, à vrai dire, mais… j’aime ça. C’est comme un instant passé ailleurs, une véritable bulle.

Imaginez que l’un de vos romans soit adaptés au cinéma, qui voyez-vous dans le rôle principal ?

J’y ai déjà pensé, sans trouver de réponse ! J’aurais trop peur de ne pas réussir à donner le nom d’un personnage à un visage d’acteur. Cela dit, si cela devait arriver, je crois que je fouillerais parmi les foules anonymes. Il y a sans doute bien des talents cachés, dont certains pourraient bien convenir à certains de mes prisonni… euh, personnages.

Avez vous des salons du livre ou dédicaces prévues ?

Pour l’instant, je suis en pause. Mon éditeur doit me proposer un calendrier d’événements pour 2019-2020 d’ici la fin de la saison, et je vous en dirai plus d’ici là. Pour l’année prochaine, j’envisage d’installer un stand dans plusieurs manifestations médiévales – à voir si cela se concrétise !

Quels sont vos futurs projets ?

Je travaille actuellement sur « Wirt », un roman qui traitera justement de la femme au XIVe siècle, avec une héroïne comme personnage principal. En parallèle, je prends des notes pour « Androalphus », un autre roman qui, à l’inverse, présente un personnage principal abject sous bien des angles… Mais je n’en dis pas plus. Ces deux projets appartiennent toujours à l’univers « Fatalis », qui continue de s’étendre comme la toile tissée de l’araignée.
Autrement, j’ai publié un recueil de poésie, « Le Miroir d’Aliénation », en janvier 2019. J’envisage d’écrire de nouveaux poèmes du même acabit.
J’ai également des idées pour l’avenir de ma chaîne YouTube Legare, qui propose des livres audio faits maison (avec une qualité d’amateur, mais c’est un loisir que je fais avec plaisir).

Un petit mot pour vos lecteurs ?

Je ne saurais suffisamment remercier toutes celles et tous ceux qui ont lu mes pages et qui, je l’espère sincèrement, les ont appréciées. Nous nous retrouverons bientôt pour l’aventure Fatalis !
Au passage, un immense merci à mon Amie, à qui je dois tant de choses.

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